Vendredi 10 mars 2006, je sors de chez moi rue de Rennes vers 19H30. Je passe au Daily Monop’ situé sur le boulevard du Montparnasse où j’achète trois Pelforth brunes 33 cL. Je prends le métro en carrotant comme d’habitude. Je me dirige vers les quais de la ligne 4. J’ouvre une Pelforth dans la rame. Je reste debout et je la bois. Ma canette dans la main gauche, j’ouvre un bouquin de Deleuze sur Nietzsche. Je m’abîme le cerveau sur la question de la valeur des valeurs. Je change à Strasbourg-Saint-Denis, jette ma canette dans une poubelle et attrape la ligne 8 ou 9 qui m’emmène à République une station plus loin. Je sors du métro, direction 46 rue René Boulanger.

Je tape le code, j’entre, je sonne. Voix féminine : « oui ? ». « -je suis Guillaume, c’est pour Ross ». Ross, c’est un australien que j’ai rencontré il y a un mois et avec qui je me suis bourré au pinard de merde. Il vit à Paris depuis quatre mois et il branle rien. Il était plus ou moins modèle en Australie et ici il fait des castings, mais personne veut de sa gueule apparemment. Un type plutôt marrant. Je monte les sept étages à pied et pénètre dans un putain d’appartement où trône un piano à queue sur la gauche et deux ordinateurs portables sur la droite, derrière lesquels trois superbes nénettes. Bonsoir tout le monde et direction la piaule de Ross.

Je lui file une canette, j’ouvre la dernière et je roule un joint. Je tente de lui expliquer pourquoi il trouve pas de boulot. J’extrapole sur les différentes conceptions qui régissent la vie économique en France et dans les pays anglo-saxons. Puis, les canettes torchées, on ressort de sa piaule et pendant qu’il se barre chercher d’autres canettes, je tente de converser avec les demoiselles. Je joue au mec sympa. Elles me disent travailler sur un projet d’association pour organiser des « manifestations culturelles et artistiques». Expositions, musique, dans des squats ou ailleurs. Je fais tourner le joint. Puis l’autre revient, on continue à picoler dans la cuisine, à cinq mètres des deux pétasses. Entre-temps, l’une d’elle s’est tirée. Je tente, toujours en anglais, de lui expliquer Philip K. Dick. Il rigole sur son nom.

Puis, je me redirige vers les nénettes, et c’est alors que j’en vois une sur le site internet de Sciences-Po. Là, je me dis tout de suite que je vais rigoler. Je sors le fusil de sniper mental. Attention.

- (ton enjoué, communicatif, sympathique) Vous êtes à Sciences-Po ? - oui - super ! en quelle année ? - en quatrième année - et alors, dîtes moi, je suis curieux, il reste des cocos à Sciences-Po ? (elles se marrent) - nan nan, c’est terminé ça ! - vraiment ? - oui, il y a quand même deux anarchistes (rires) - ah bon ? et alors, ils sont de quelles obédiences politiques, les gens de Sciences-Po ? - oh, il y a de tout ! - vraiment ? (brouhaha)

C’est à partir de là que ça devient vraiment intéressant. Elles sont en confiance. Pas sur leur garde. Comme des gazelles aveugles avec un tigre à trois mètres. J’arme le fusil. Attention, question piège.

- il y a de tout, ok. Alors, c’est quoi les proportions entre sociaux-démocrates et sociaux-libéraux ? - environ 55% socio-démocrates et 45% socio-libéraux (note : ou l’inverse, je sais plus ce qu’elle m’a répondu, de toutes façons on s’en tape) - donc, c’est toujours socio-quelquechose ? - nan, nan, attends, à Sciences-Po, il y a de tout ! Il y a des mecs super à droite ! - ah bon ? Il y a des mecs à droite genre conservateurs américains ? Est-ce qu’il y a des fans de George Bush à Sciences-Po ? - attends, les gens à Sciences-Po, ILS ONT UN CERVEAU…

Droit dans la ligne de mire. J’appuie sur la gâchette, du tac au tac.

- donc, ON NE PEUT PAS ETRE PRO-AMERICAIN ET AVOIR UN CERVEAU (?)

C’est de la logique pure et simple. La discussion tourne court. Un blanc jouissif d’une seconde et demi, et l’une des donzelles se penche sur son ordi et sort un truc banal à sa copine à propos de leur projet. La copine embraye, et c’est déjà oublié. Moi, j’en rigole encore. JE LES AI BAISEES.

Premièrement, ça montre bien que le fond de l’air politique en France est anti-américain. Deuxièmement, ça montre la CORRUPTION des soi-disant ELITES appelées à nous gouverner un jour. On n’est pas sorti de la merde.

Réfléchissons. Si elles avaient répondues « non, effectivement, on ne peut pas être pro-américain et avoir un cerveau », elles auraient eu l’air con. Si elles avaient répondu « si, c’est possible », cela aurait été à l’encontre de tous les préceptes conscients et inconscients qui guident leur raisonnement. Pour elles, il est INCONCEVABLE d’être pro-américain, et par surcroît intelligent. Elles n’ont jamais cherché d’arguments à l’appui de cette thèse, et pourtant Dieu sait s’il en existe.

La logique et le bon sens dont elles sont pourvues les poussaient à répondre « si,… ». Seulement, cela impliquait qu’elles puissent argumenter ce point de vue. Et cela leur aurait été si désagréable de se retrouver à défendre la politique américaine (!), qu’elles ont préféré prendre la fuite et baisser les yeux. Significatif, je disais plus haut. Voilà, j’en ai la preuve : NOS ELITES SONT BORNEES INTELLECTUELLEMENT ET DEPOURVUES DE LA MOINDRE PARCELLE DE COURAGE. Rendez-vous compte, c’est tellement plus facile de dire, par exemple, que si l’Islam est en crise, c’est bien la faute de ces salopards de yankees capitalistes qui foutent le bordel partout.

Imaginons qu’elle m’aient répondu : « non, c’est juste Georges Bush qui est décérébré ». Alors, faudra m’expliquer pourquoi 52% des américains qui votent ont voté pour lui (un des meilleurs scores de l’histoire aux USA en nombre de votants). On peut répondre que ces gens sont des cons. Alors, la conclusion de ce raisonnement, c’est qu’il faut supprimer la démocratie. Elles ne sont pas allées jusque-là. Elles ont peut-être déjà imaginé leurs petits-enfants amener leurs arrière-petits-enfants à l’école coranique. Permettez-moi d’en douter.

Je me suis barré une minute plus tard avec mon australien, je leur ai dit au-revoir, elles ne m’ont pas regardé dans les yeux.

Pour la petite histoire, on s’est pointé dans une soirée et Ross a emballé une naine noire. Enfin, j’ai pas réussi à déterminer si c’était une naine ou si elle avait douze ans.

Ka ‘aha wha