LE FIGARO. – Gérard Larcher, le ministre délégué à l'Emploi, a désigné la polygamie comme l'un des facteurs expliquant la crise des banlieues. Qu'en pensez-vous ?

Azouz BEGAG. – La polygamie est interdite par la loi républicaine. Il faut faire respecter la loi. En réalité, nous partageons tous la responsabilité des émeutes : la gauche comme la droite, les architectes de ces cités, ou encore la télévision. Pour proposer des solutions politiques, il est vain de chercher des coupables : il faut se concentrer sur les ressorts sociaux, territoriaux et ethniques de cette explosion de violence.

Woland.- Euh... ben non! C'est parfaitement débile de dire une chose pareille. Les responsables des émeutes sont les émeutiers. Ca se sont des faits, vous en avez déjà entendu parler Monsieur le Ministre? Il faut traquer les coupables et les condamnés pour que ces atteintes à la propriété privée ne reste pas impunies.

Le Figaro.- Craignez-vous une poussée xénophobe après ces émeutes ?

Azouz Begag.- Lorsque le mythe du retour des immigrés s'est évanoui, les rancoeurs se sont exprimées. Les extrêmes n'ont cessé de dénoncer la présence de ces étrangers et de leurs enfants, de leur attribuer les maux de la société française. Ces accusations sont cycliques. Mais aujourd'hui la situation a changé. La majorité des enfants de l'immigration sont maintenant français. En 2007, ils vont peser sur le marché électoral.

Woland.- Et comme ils vont peser sur le "marché" électoral nous devrions baisser nos pantalons devant eux? Ils sont français? Pas de problème, qu'ils se comportent en tant que tel, par exemple en apprenant à parler notre langue correctement pour commencer...

Le Figaro.- Vous soutenez la présence de candidats issus de l'immigration aux prochaines législatives.

Azouz Begag.- Je demande aux partis politiques de s'engager, aujourd'hui, à présenter des candidats à l'image de la France, en position éligible. Il ne s'agit pas de fixer des quotas, mais de prendre date. Je suis convaincu qu'il y aura une vingtaine de députés noirs, maghrébins, antillais élus en 2007. Cette visibilité publique est essentielle. Les discriminations, comme le manque de reconnaissance, nourrissent les mouvements communautaristes.

Woland.- Voila encore un bon truc bien crétin! Que les meilleurs candidats soient élus un point c'est tout. Tous les jours je préfèrerait voter pour un Rachid Kaci que pour un Arnaud Montebourg bien blanc ou pour un Azouz Begag... la couleur de la peau n'a pas d'importance, ce qui compte c'est ce qu'on a à dire et la façon de le dire.

Le Figaro.- Etes-vous favorable à la discrimination positive ethnique ?

Azouz Begag.- Ce serait contre-productif qu'un ministre issu de l'immigration ne s'adresse qu'aux enfants de l'immigration. L'égalité des chances est un enjeu et un défi pour tous, les gens en situation précaire, les femmes, les handicapés, ou encore les seniors. Cependant, il faut appeler un chat un chat, un Noir, un Noir. Le président de la République vient d'annoncer qu'il fallait que les Français prennent conscience de leur diversité. C'est un discours à mes yeux, fondateur. Nous avons besoin de voir le vrai visage de la France. Pour cela, il faut mesurer la présence des enfants de l'immigration parmi les policiers, les magistrats, dans l'administration, comme dans le secteur privé. Pour l'instant, au nom de l'égalité républicaine, ce type de décompte est interdit. Je propose que les instituts de statistique publique réalisent ce travail, dans le respect des règles de la Cnil. Le lieu de naissance des parents et grands-parents pourrait nous donner une idée de la diversité, une base pour agir.

Woland.- Alors, pour commencer je trouve amusant de mettre dans le même sac femmes, handicapés, vieux et pauvres, c'est déjà faire preuve d'une grande finesse d'esprit... Sinon oui, appelons un noir un noir, effectuons un vrai recensement pour savoir quel est l'état de la France de 2005, mais pour ce qui est de mettre des "minorités visibles" au sein de la police ou de l'administration, au-delà du problème de la méritocratie que ça soulève, il faut quand même savoir que ces minorités visibles se font lyncher et traiter de traître dans nos "quartiers"... Sinon, Monsieur le ministre, vous n'avez pas répondu à la question. Moi je suis contre une discrimination positive ethnique, et vous?

Le Figaro.- Afin de redorer l'image des zones d'éducation prioritaire, vous avez proposé de renforcer l'apprentissage des langues rares dans certains collèges...

Azouz Begag.- C'est une idée à creuser. Il s'agit de capitaliser sur le fait que les jeunes des banlieues sont souvent déjà polyglottes. Une opération expérimentale va démarrer dans 20 collèges dès janvier. Nous allons laisser les mains libres à leur principal pour qu'il puisse adapter les programmes pédagogiques. L'apprentissage des langues étrangères sera un pari sur le futur, pour faire de ces collèges qui rebutent des lieux qui attirent. Dans dix ans, ces élèves n'auront aucune difficulté à trouver du travail.

Woland.- Hopopop! Ca veut dire quoi ça? que dans 10 ans on ne parlera plus français en France ou que dans 10 ans ces "jeunes" ne vivront plus en France ou que les pays qui pratiquent cette langue vont devenir des superpuissances? Soyons un plus précis je vous prie Monsieur le Ministre. Commençons par former nos enfants à la lecture, l'écriture et aux mathématiques et on verra près pour les langues rares... Surtout si comme vous le dîtes, ils sont déjà polyglottes... Si c'est le cas, ça sert à quoi? leur donner des bonnes notes assurées sans travailler?

Le Figaro.- Il y a dix ans, vous conseilliez aux jeunes de sortir de leur quartier pour réussir.

Azouz Begag.- Je vais maintenant les aider à bouger, à voyager. L'année prochaine, nous allons financer 20 000 bourses «dérouilleurs» (NDLR, selon l'expression utilisée dans le titre de son livre) pour permettre à des jeunes de connaître le monde, de voir la misère, pour redécouvrir la France à leur retour.

Woland.- Mais bien sur qu'ils doivent sortir des quartiers pour réussir! La France est sclérosée et peureuse, personne n'ose s'éloigner de plus de 100 mètres de son clocher minaret d'origine... Moi je propose de mettre en place un grand programme de construction de catapultes géantes pour les aider à "voyager"...

http://www.lefigaro.fr/societe/20051118.FIG0113.html